Job 6 FRC97

Réplique de Job : Il se plaint de ses amis

1 Job répondit alors :

2 Ah, combien je voudrais que l’on pèse ma peine,et que tout mon malheur soit mis sur la balance !

3 Il est certes plus lourd que le sable des mers.Voilà pourquoi je parle à tort et à travers.

4 C’est vrai, le Dieu très-grand m’a percé de ses flèches,et j’en ai absorbé le poison qu’elles portent.Les plus vives terreurs s’alignent devant moi.

5 Est-ce que l’âne sauvage se met à brairequand il a devant lui un repas d’herbe fraîche ?Et le bœuf mugit-il quand il a son fourrage ?

6 Faut-il manger sans sel ce qui est insipide,et trouver quelque goût dans le blanc de l’œuf cru ?

7 Je ne veux pas toucher à ces aliments-là.Ma souffrance est un pain qui donne la nausée.*

8 Je voudrais tant qu’on donne suite à ma demande,et que Dieu veuille m’accorder ce que j’espère :

9 qu’il consente enfin à m’écraser pour de bon,qu’il laisse aller sa main et qu’il tranche le fil !

10 Je sauterais de joie, dans ma peine sans fin,et j’obtiendrais alors ce dernier réconfort :ne pas avoir trahi les ordres du Dieu saint.

11 Mais je n’ai plus la force d’espérer encore :à quoi bon patienter, je n’ai plus d’avenir.

12 Suis-je une pierre, moi, pour résister à tout ?Mon corps est-il de bronze ?

13 Je n’ai plus en moi-même une seule ressource,je me trouve privé du plus petit secours.*

14 L’homme abattu a droit à un peu de bontéde la part d’un ami,même s’il ne reconnaît plusl’autorité du Dieu très-grand.

15 Mes amis m’ont déçu, comme un ruisseau sans eau,comme un des ces torrents dont le lit devient sec.

16 A la fin de l’hiver, ils charrient des eaux troubles,quand la glace et la neige se mettent à fondre.

17 Mais dès la saison chaude, les voilà taris ;au retour de l’été, ils s’assèchent sur place.

18 Les caravanes se détournent de leur route,elles s’avancent au désert, et puis s’égarent.

19 Caravaniers de Téma, convois de Sabacherchent l’eau du regard, ils sont remplis d’espoir.

20 Mais ils regrettent bien d’avoir cru au ruisseau :quand ils y arrivent, leur espoir est déçu.

21 Or voilà ce que vous êtes pour votre ami !En voyant le désastre, vous avez pris peur.

22 Vous ai-je demandé de me faire un cadeau,de prélever pour moi une part de vos biens,

23 afin de m’arracher aux mains d’un ennemiet de me délivrer du pouvoir d’un tyran ?

24 Instruisez-moi plutôt, je suis prêt à me taire ;expliquez-moi en quoi j’ai commis une erreur.

25 Des arguments honnêtes ne blessent personne,mais sur quoi portent les critiques que vous faites ?

26 Songez-vous donc à critiquer de simples mots ?Ce sont des mots en l’air, d’un homme sans espoir.

27 Vous oseriez tirer au sort un orphelin,vous iriez jusqu’à vendre votre propre ami !

28 Eh bien, regardez-moi dans les yeux, voulez-vous ?Et dites-moi si je vous joue la comédie.

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